OnePlus quitte l’Europe et les États-Unis : autopsie d’une marque qui s’est tuée toute seule

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Laurent
Rédacteur MyGSM
OnePlus se retire d'Europe et des États-Unis : pourquoi

Le 16 juillet, OnePlus a publié un message sur son forum communautaire. Le cœur « lourd et plein d’émotion », paraît-il. La marque arrête tout lancement de produit en Europe et Amérique du Nord (Etats-Unis d’Amérique et Canada). Onze ans d’histoire, terminés par un post de forum un mercredi matin. Et dans le même mouvement, OxygenOS passe à la trappe. J’ai lu les communiqués, les analyses et les euphémismes. Voici l’autopsie. Attention, le patient s’est suicidé.

Ce qu’il faut retenir

  • OnePlus a officiellement confirmé le 16 juillet 2026 son retrait des marchés européen et Amérique du Nord.
  • OxygenOS disparaît : tous les appareils basculeront vers ColorOS d’Oppo avec la mise à jour Android 17.
  • Les mises à jour, correctifs de sécurité et garanties seront honorés, Oppo reprenant les garanties en Europe.
  • Oppo recentre OnePlus sur l’entrée de gamme en Chine et en Inde, et déploiera sa propre marque en Europe.
  • L’Inde serait la prochaine étape du repli, malgré les démentis officiels de OnePlus.

Une annonce en langue de bois massif

OnePlus se retire d’Europe et de l’Amérique du Nord (voir communiqué en bas d’article). C’est officiel depuis le 16 juillet. La marque parle d’un « ajustement proactif de la stratégie globale ». Moi, je parle d’un enterrement. Regardons le faire-part de près.

Le communiqué est un petit chef-d’œuvre du genre. « Ce n’était en aucun cas une décision facile », écrit la marque. Elle voulait « être complètement honnête avec les amis qui nous ont soutenus si longtemps ». L’honnêteté complète, donc, arrive un peu tard. Après des mois de rumeurs. Après un post de leaker supprimé en urgence, puis des démentis. Après des sites OnePlus qui redirigeaient déjà discrètement les clients vers Oppo. La transparence, version smartphone : on éteint la lumière pièce par pièce. Et on jure que tout va bien jusqu’au claquement de la porte.

Concrètement ? Plus aucun nouveau produit chez nous. Une notice s’affiche sur la boutique en ligne, les OnePlus 15 restants s’écoulent jusqu’à épuisement, sans réassort. La communauté OnePlus, ce forum qui a fait la marque à ses débuts, ferme aussi outre-Atlantique : rideau total le 16 août 2026, appli et archives comprises. Onze ans de fils de discussion des « amis » partent à la benne un mois après le message au cœur lourd. Le forum européen, lui, reste ouvert « pour l’instant ». Les amis apprécieront la nuance.

OxygenOS est mort, et personne ne viendra aux obsèques

Le vrai événement n’est pas commercial, il est logiciel. OxygenOS, la surcouche Android qui a fait la réputation de OnePlus, disparaît après onze ans de service. Tous les appareils basculeront vers ColorOS, le système d’Oppo, à partir de la mise à jour Android 17.

11 ans

d’OxygenOS envoyés au cimetière

OnePlus promet un lot de consolation. Les mises à jour et correctifs de sécurité continueront comme prévu, et la garantie sera honorée. Ceux qui goûteront ColorOS pourront même revenir vers OxygenOS, selon des modalités « précisées ultérieurement ». Réaliste, mais cruel. Car pourquoi cette bascule ne choque-t-elle personne dans le milieu ? Parce qu’OxygenOS était déjà mort. Depuis la fusion des bases de code avec ColorOS en 2021, les deux systèmes étaient devenus des jumeaux. OxygenOS 16 et ColorOS 16, c’est le même logiciel avec deux autocollants. La marque a entretenu l’illusion pendant cinq ans. Oppo vient juste de décoller le deuxième autocollant.

Et l’argument officiel est même défendable, c’est dire. Une plateforme unifiée accélère les mises à jour. Elle améliore la qualité par des tests partagés. Payer deux équipes pour maintenir deux fois le même code, il fallait être OnePlus pour trouver ça normal.

OnePlus 15 et 15R : mourir en pleine forme

Le plus cruel dans cette histoire ? OnePlus ne part pas sur un échec produit. La marque s’éteint chez nous juste après avoir lancé l’un de ses duos les plus convaincants. Le OnePlus 15 et le OnePlus 15R : deux machines pensées pour tuer l’angoisse de la batterie.

OnePlus 15R
OnePlus 15R

Le OnePlus 15, c’est le vaisseau amiral. Snapdragon 8 Elite Gen 5 poussé jusqu’à 4,6 GHz, jusqu’à 16 Go de mémoire vive et 512 Go de stockage. Du muscle pur. Le 15R, lancé en décembre 2025, est encore plus symbolique : premier smartphone mondial équipé du Snapdragon 8 Gen 5. Dalle AMOLED de 6,83 pouces en 1,5K, 165 Hz, jusqu’à 1 800 nits. Batterie silicium-carbone de 7 400 mAh avec charge 80 W. Refroidissement soigné, 120 images par seconde en jeu. Et cette promesse gravée dans la fiche technique : au moins 80 % de capacité de batterie après quatre ans. Une garantie de durabilité signée par une marque qui, chez nous, n’aura pas tenu quatre mois de plus. Savoure.

Autour des téléphones, OnePlus avait même fini par bâtir un petit écosystème. Le 15R est arrivé accompagné d’une tablette Pad Go 2 et d’une montre Watch Lite. La gamme Nord tenait le milieu de gamme depuis 2020, les écouteurs Buds complétaient la panoplie. Rien d’extravagant, mais une offre cohérente. Trop tard.

Et puis il y a l’héritage, celui qui a vraiment compté. Le OnePlus One de 2014, vendu sur invitation, a inventé le « flagship killer ». Les specs du haut de gamme à la moitié du prix. Le « Never Settle » en étendard. La charge rapide démocratisée quand la concurrence somnolait encore. Le fameux curseur d’alertes à trois positions, ce petit bout de métal que les fans réclament à chaque disparition. Et OxygenOS première époque, léger, rapide, sans fioritures. OnePlus a obligé tout le marché à baisser ses prix et à accélérer ses chargeurs. C’est son vrai legs. Les OnePlus 15 encore en rayon s’écoulent sans réassort : les derniers exemplaires d’une espèce éteinte. Avis aux collectionneurs.

Pour mesurer le chemin parcouru, voici les jalons qui ont fait la légende :

ProduitAnnéeCe qu’il apportaitCe que le marché a retenu
OnePlus One2014Snapdragon 801, écran 5,5″ Full HD, CyanogenMod, vendu sur invitation à moins de 300 €La naissance du « flagship killer »
OnePlus 3T2016Snapdragon 821, 6 Go de RAM, charge Dash ChargeLa charge rapide comme argument de vente
OnePlus 6T2018Capteur d’empreintes sous l’écran, arrivée chez les opérateurs états-uniensLe passage de marque de niche à marque grand public
OnePlus 7 Pro2019Écran AMOLED 90 Hz QHD+, caméra selfie escamotable, zéro encocheLe taux de rafraîchissement élevé devenu standard
OnePlus Nord2020Snapdragon 765G, l’essentiel du flagship autour de 400 €Le retour au rapport qualité-prix, best-seller en Europe et en Inde
OnePlus 15R2025Premier mondial sous Snapdragon 8 Gen 5, batterie 7 400 mAh, 165 HzLe chant du cygne, et la fin de l’angoisse de batterie

Ce que la concurrence lui a piqué

Une marque meurt vraiment quand plus personne ne la copie. À ce compte-là, OnePlus est immortelle. Car ses idées vivent aujourd’hui chez tous ses concurrents, rarement avec un mot de remerciement.

Commençons par l’évidence : le taux de rafraîchissement. Quand le OnePlus 7 Pro impose son écran 90 Hz en 2019, la concurrence affiche encore du 60 Hz sur des téléphones à 1 000 euros. Un an plus tard, tout le haut de gamme passe au 120 Hz. Aujourd’hui, même l’entrée de gamme y a droit. Personne n’a envoyé de fleurs.

Le positionnement « flagship killer » a fait école, lui aussi. Poco l’a industrialisé, Realme l’a revendiqué jusque dans ses slogans, et une armée de marques chinoises en a fait un genre à part entière. Le tueur de flagship s’est fait dévorer par ses propres enfants. Ironie supplémentaire : la recette de la charge rapide, dérivée du VOOC d’Oppo, a fini par pousser tout l’Occident à accélérer. Samsung et Apple ont traîné des pieds pendant des années. Ils s’y sont mis.

Et le plus bel héritier n’est même pas une copie, c’est une filiation directe. Carl Pei, cofondateur de OnePlus, a quitté le navire en 2020 pour fonder Nothing. Le marketing de la rareté, la communauté au centre, le design comme signature : la méthode OnePlus des débuts, appliquée à la lettre. Résultat, tu le connais déjà : Nothing est aujourd’hui l’une des marques qui grandissent le plus vite en Inde. L’élève a repris la classe pendant que le maître rangeait son cartable. La boucle est bouclée.

Les vraies causes : chronique d’un doublon

Alors pourquoi ce retrait ? La réponse tient en une phrase : OnePlus n’avait plus de raison d’exister. La marque est morte le jour où elle est devenue indistinguable de sa maison mère. Le reste n’est que comptabilité.

Souviens-toi des débuts. Le « flagship killer ». Le haut de gamme à prix cassé. La surcouche légère et rapide. La communauté de passionnés qui achetait sur invitation. OnePlus vendait une différence. Puis les prix ont grimpé. Les gammes se sont empilées. La surcouche s’est fondue dans celle d’Oppo. Un observateur du secteur l’a résumé sans fleurs : OnePlus avait abandonné ses racines depuis longtemps. La marque était devenue, de fait, un Oppo pour le reste du monde. Quand ta seule promesse est d’être différent et que tu ne l’es plus, gare. Ta maison mère finit par faire les comptes. Et les comptes, en Occident, sont mauvais pour presque tout le monde. Coûts marketing énormes. Distribution verrouillée par les opérateurs. Et un trio Samsung, Apple, Google qui rafle la mise. Oppo lui-même avait quitté l’Allemagne en 2022 après son litige de brevets avec Nokia. Vendre des OnePlus en Europe coûtait vraisemblablement plus cher que ça ne rapportait.

La presse spécialisée a trouvé la formule juste : OnePlus est mort dans un murmure, pas dans un fracas. La vieille prophétie des vidéastes tech vient de se réaliser une fois de plus : « les marques pour passionnés finiront par vous trahir ». Encadre-la, elle resservira.

L’Europe ne perd pas un vendeur, elle change d’enseigne

Attention au contresens : Oppo ne quitte pas l’Europe, il y change de costume. Le groupe l’a dit lui-même : le retrait de OnePlus ne doit pas être lu comme un désengagement de la région. Oppo compte au contraire y développer sa propre marque pour combler le vide. Pendant ce temps, OnePlus est recentré sur les appareils économiques en Chine et en Inde.

En clair, c’est un jeu de chaises musicales, pas un départ. Le client européen qui aimait OnePlus se verra proposer du Oppo. Garantie reprise par Oppo. Logiciel Oppo. Et, à terme, boutique Oppo. La marque satellite a fini sa mission : défricher les marchés occidentaux sous un nom sympathique. La maison mère, elle, restait en retrait. Précision importante : ce jeu de chaises ne vaut que pour l’Europe. Aux États-Unis, aucun remplaçant n’est prévu, et Oppo sort de fait complètement du marché états-unien. Là-bas, la chaise reste vide. Mission accomplie, satellite désorbité.

Reste l’Inde, et là, le feuilleton continue. OnePlus jure que le pays reste « l’un de ses marchés les plus importants ». Le soutien y serait « indéfectible ». Et « les actes parlent plus fort que les spéculations ». Les spéculations, justement, ont bonne mine : des informations de presse fiables annoncent un repli indien dès le début de l’année prochaine. Je note les deux versions dans mon carnet. On relira ce paragraphe dans six mois.

Et toi, avec ton OnePlus dans la poche ?

Finissons par ce qui te concerne. Si tu possèdes un OnePlus, rien ne casse demain matin. Les mises à jour Android et les correctifs de sécurité continueront sur les durées promises. La garantie et les réparations restent assurées via le réseau agréé. Ton prochain grand changement sera cosmétique et symbolique. Android 17 remplacera OxygenOS par ColorOS, avec une porte de sortie annoncée pour revenir en arrière.

Mais la leçon dépasse ta poche. Tu as acheté un téléphone à une marque qui promettait une expérience logicielle précise. Cette marque disparaît de ton continent. Ton téléphone changera de système par mise à jour, sans te demander ton avis sur le fond. Tout est légal, tout est « honoré ». Et tout démontre une chose : dans le smartphone, tu n’achètes jamais un produit. Tu achètes la trajectoire d’une entreprise. Celle de OnePlus vient de s’achever contre le mur de sa propre maison mère. Pendant ce temps, les places libérées se redistribuent déjà. En Inde, les deux marques qui grandissent le plus vite s’appellent Pixel et Nothing. La nature a horreur du vide. Oppo aussi.

Les sources pour aller plus loin :

OnePlus, annonce officielle sur le forum communautaire
OnePlus, déclaration officielle sur l’Inde
OnePlus, boutique en ligne française où figure la notice aux clients
9to5Google, annonce officielle du retrait
9to5Google, bascule OxygenOS vers ColorOS
9to5Google, édito « OnePlus died with a whimper, not a bang »
Android Central, confirmation et reprise des garanties par Oppo

FAQ

Pourquoi OnePlus quitte-t-il l’Europe et les États-Unis ?

Officiellement, OnePlus invoque un « ajustement proactif de la stratégie globale ». En réalité, la marque était devenue le doublon de sa maison mère Oppo depuis la fusion de leurs bases logicielles en 2021, sur un marché occidental coûteux et verrouillé. Oppo recentre OnePlus sur l’entrée de gamme en Chine et en Inde, et développera sa propre marque en Europe. Aux États-Unis, aucun remplaçant n’est prévu.

Que deviennent les OnePlus déjà achetés en Europe ?

Rien ne change dans l’immédiat : les mises à jour Android et les correctifs de sécurité continueront sur les durées promises, et les garanties seront honorées, Oppo reprenant leur gestion en Europe. Le principal changement arrivera avec la mise à jour Android 17, qui remplacera OxygenOS par ColorOS, avec une possibilité annoncée de revenir en arrière.

OxygenOS va-t-il vraiment disparaître ?

Oui. Après onze ans de service, OxygenOS est retiré : tous les appareils OnePlus basculeront vers ColorOS, le système d’Oppo, à partir d’Android 17. Les deux systèmes partageaient déjà la même base de code depuis 2021, et OnePlus justifie la bascule par des mises à jour plus rapides et des tests partagés sur une plateforme unifiée.

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