Google a inventé cette sécurité. Puis l’a retirée du Pixel 11. Pour économiser ?

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Laurent
Rédacteur MyGSM
Pixel 11 : Google retire le MTE, GrapheneOS déconseille

Il existe une protection que Google a été le tout premier à glisser dans un smartphone. C’était en 2023, sur le Pixel 8. La fierté maison. Trois générations plus tard, sur le Pixel 11, elle s’est volatilisée. Et ce n’est pas un bidouilleur du dimanche qui le raconte. C’est GrapheneOS, l’équipe qui bâtit l’Android le plus verrouillé de la planète. Son verdict tient en trois mots : n’achète pas ça. Surtout pas. je t’explique les tenants et aboutissants. 

Ce qu’il faut retenir :

  • Le Pixel 11 abandonne le MTE, une protection mémoire matérielle présente sur tous les Pixel depuis le Pixel 8.
  • GrapheneOS n’arrive plus à finir son portage et déconseille « fortement » l’achat du Pixel 11.
  • La raison avancée, c’est le coût. Mais c’est l’hypothèse de GrapheneOS. Google, lui, n’a rien confirmé.
  • Apple fonce dans l’autre sens avec sa protection maison activée en permanence sur l’iPhone 17.
  • Le conseil des experts : reste sur un Pixel 8, 9 ou 10.

Plus de 60 %
des failles graves, dit Google

Le MTE, c’est quoi, et pourquoi ça te concerne

Petit détour par la mécanique. Tu va vopir, pas bien difficile. Le MTE1, c’est une brique matérielle des puces ARM. Son boulot : coller une étiquette au hasard sur chaque case de la mémoire. Quand un programme vient taper là où il ne devrait pas, les étiquettes ne collent plus. Le système le voit. Et il peut couper net, avant que l’attaque ne prospère. Pourquoi c’est un gros mot dans l’affaire ? Parce que les bugs mémoire sont la porte d’entrée numéro un des pirates. Google le sait mieux que personne. En 2022, la firme rangeait elle-même la majorité de ses vulnérabilités les plus sévères dans cette case. Autrement dit, la maison chiffre le danger, puis retire la serrure. Cocasse.

GrapheneOS, de son côté, ne l’utilise pas du bout des doigts. Le système s’en sert partout. Le noyau, les processus de base, tout y passe. D’après ses développeurs, ça relève « quasiment tous » les exploits à distance et une flopée d’attaques locales. Bref, ce n’est pas une option cosmétique. C’est un mur porteur.

Google l’avait inventé. Google l’a rangé au placard.

Voilà le sel de l’histoire. Il faut bien, sinon je n’aurais pas écris cet article. Le premier constructeur à commercialiser le MTE sur mobile, c’était Google. Pixel 8, octobre 2023. Un joli coup. Depuis, chaque Pixel embarquait la fonction. Une petite ligne dans la colonne « on prend la sécurité au sérieux ». Sauf que sur le Pixel 11, plus rien. Ni dans le logiciel, ni dans le firmware, ni « quasi certainement » dans la puce elle-même. GrapheneOS a passé une semaine à tenter le portage. Résultat : impossible de le boucler. L’accélération matérielle de la puce a été rabotée, rendant le MTE inexploitable et poussant Google à le couper au niveau du firmware

Le pourquoi ? Là, prudence. L’équipe écrit noir sur blanc que Google « semble » avoir coupé la fonction « pour économiser ». Le mot qui compte, c’est « semble ». C’est une déduction, pas un aveu. Google n’a rien confirmé. Sollicité par la presse, Mountain View garde le silence. Évidemment. On note quand même que le MTE a un coût : il ralentit un peu la machine. C’est d’ailleurs pour ça qu’il restait en option sur les anciens Pixel. La perf ou la sécurité, il faut choisir. Google a tranché, sans le dire. En douce.

GrapheneOS jette l’éponge et te renvoie vers l’ancien

La suite est brutale pour l’image du téléphone. L’équipe la plus pointilleuse du secteur considère le MTE comme un prérequis. Pas de MTE, pas de GrapheneOS2. Point. Du coup, le Pixel 11 se retrouve recalé à l’entrée. Et les développeurs ne s’arrêtent pas là. Ils « déconseillent fortement » de l’acheter. Ils estiment que les Pixel 8, 9 et 10 offrent une meilleure sécurité globale avec leur système. En clair, pour une fois, le vieux modèle est le bon choix. Ils gardent un mince espoir du côté du futur Pixel 11a, s’il ressemble davantage au Pixel 10. Rien de garanti.

Ils envisagent même de tourner la page. Zapper toute la génération Pixel 11. Concentrer leurs forces sur les Motorola à venir, fruits d’un partenariat pensé pour accueillir GrapheneOS dès la conception. Tu mesures le retournement ? L’OS star des Pixel commence à regarder ailleurs. Google a poussé son meilleur ambassadeur vers la sortie.

Apple prend l’autoroute opposée

Là où le contraste pique vraiment, c’est chez le voisin. Apple a lancé sur l’iPhone 17 une protection baptisée Memory Integrity Enforcement. Sur le papier ? La même idée que le MTE, mais activée en permanence, sur une large partie du système. GrapheneOS le reconnaît sans broncher : c’est une implémentation de haute volée.

Or la chronologie fait mal. Google dégaine le premier en 2023, puis recule en 2026. Apple, lui, arrive après et met le paquet. Le pionnier freine pendant que le suiveur accélère. Reste que même Apple n’est pas allé aussi loin que GrapheneOS dans l’usage du procédé. Mais la direction générale, elle, est limpide : la sécurité mémoire devient l’argument choc du secteur. Tout le monde s’y met. Tout le monde ? Sauf le Pixel 11.

Économiser, vraiment ? Ce que Google n’a pas dit

Ne soyons pas de mauvaise foi. Le Pixel 11 n’est pas nu côté sécurité. GrapheneOS salue plusieurs progrès. Un démarrage vérifié résistant aux attaques quantiques. Le remplacement de composants Samsung pour la communication. Et la puce de sécurité Titan M3, qui complique l’extraction de données tant que le téléphone n’a pas été déverrouillé une première fois3. Sauf que ces bonus jouent surtout avant le premier déverrouillage. Une fois que tu as tapé ton code et que tu vis avec ton téléphone toute la journée, c’est le MTE qui manque. Et c’est précisément là, dans l’usage quotidien, que le trou se creuse. Les cadeaux d’un côté ne bouchent pas le trou de l’autre.

Alors, économie ou pas ? Le faisceau est troublant. Cette génération a déjà mangé les coupes de la RAMpocalypse : moins de mémoire vive à l’entrée, une puce Tensor G6 gravée en 3 nm et non en 2 nm, un cœur de calcul en moins, un GPU de milieu de gamme. Et des tarifs qui grimpent. Le MTE disparu s’ajoute pile dans ce décor de rabotage. Ça ne prouve rien. Mais ça ressemble furieusement à une facture qu’on allège en douce. Sur le dos de ta sécurité. Faut pas se gêner.

Notes de bas de page :

  1. MTE (Memory Tagging Extension) : fonction matérielle des puces ARM qui « étiquette » les zones de mémoire pour détecter et bloquer les accès frauduleux, une source classique de piratage. ↩︎
  2. GrapheneOS : système d’exploitation open source dérivé d’Android, réputé pour être le plus sécurisé et le plus respectueux de la vie privée, installé principalement sur les Pixel de Google. ↩︎
  3. BFU / AFU : « Before First Unlock » et « After First Unlock ». Avant le premier déverrouillage (BFU), le téléphone est au maximum de sa protection. Après (AFU), une fois utilisé au quotidien, les données sont plus exposées. ↩︎

Mes sources pour aller plus loin :

GrapheneOS : le fil officiel qui annonce l’abandon du portage Pixel 11 faute de MTE

Privacy Guides : décryptage de la fonction sacrifiée et de ses conséquences pour les utilisateurs

Android Authority : Google sollicité pour confirmer, réponse toujours en attente

PhoneArena : le Pixel 11 rendu moins sûr « pour économiser quelques dollars »

iGeneration : l’article d’origine sur la fonction de sécurité sacrifiée

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