Google publie le mode d’emploi pour le quitter : tes mots de passe et tes passkeys changent enfin de gestionnaire

L
Laurent
Rédacteur MyGSM
Mots de passe et passkeys : le transfert arrive sur Android

Google vient de publier un billet pour t’expliquer comment quitter Google. Si, vraiment. Le 10 septembre, sur son blog officiel, la firme t’explique gentiment comment déménager tes mots de passe et tes passkeys de son propre gestionnaire vers celui d’un concurrent. En trois clics. Sans fichier texte qui traîne dans ton dossier Téléchargements.

Alors forcément, tu te demandes où est le piège. Moi aussi, figure-toi. Parce qu’un géant qui t’aide à partir, ça ne court pas les rues. On a passé quelques heures à ouvrir les pages primaires plutôt que les reprises. Et il y a effectivement des choses à dire, dont deux que Google a rangées en bas de page ou pas rangées du tout. Commençons par le bon côté. Il est réel.

Ce qu’il faut retenir

  • Depuis le 10 septembre 2026, Android permet de transférer directement mots de passe et passkeys d’un gestionnaire à un autre, sans passer par un fichier exporté.
  • Quatre applications sont de la partie au lancement : le gestionnaire Google, 1Password, Bitwarden et Dashlane. Google promet d’autres partenaires, sans dire lesquels ni quand.
  • Avant ça, tes passkeys n’étaient tout simplement pas transférables. Elles étaient prisonnières de l’application qui les avait créées.
  • La mention « Android 8+ » affichée par Google ne veut pas dire ce que tu crois : Bitwarden réclame Android 14, Dashlane Android 10.
  • Le socle technique n’appartient pas à Google. C’est une norme de la FIDO Alliance, co-signée par Apple, Microsoft, Samsung et les éditeurs concernés.

Ce que Google annonce, et comment ça marche vraiment

Au fond, le principe tient en une phrase. Tu installes ton nouveau gestionnaire, tu lui demandes d’importer, et Android se charge du reste. Concrètement, le système détecte les gestionnaires déjà présents sur ton appareil et te montre ceux qu’il sait lire. Tu choisis. L’ancien gestionnaire te demande alors d’autoriser le transfert, et l’affaire est pliée en quelques secondes.

Aucune manipulation de fichier. Aucun export. Aucun import. Le mot de passe ne repasse jamais par toi, et c’est précisément l’intérêt.

Le nom officiel ? « Credentials Transfer API », du moins d’après 9to5Google, qui a couvert l’annonce le jour même. Le billet officiel, lui, reste remarquablement discret sur la plomberie. Il parle de transfert « sécurisé » et s’arrête là. On y reviendra, parce que ce silence mérite mieux qu’un haussement d’épaules.

Pour l’heure, quatre applications sont servies : le gestionnaire maison de Google, 1Password, Bitwarden et Dashlane. Le billet promet « more partners to follow », ce qui, traduit du communiqué vers le français, signifie « on verra bien ». Ni liste, ni calendrier.

Le vrai sujet, c’est le fichier texte que tu téléchargeais avant

Avant cette fonction, changer de gestionnaire sur Android relevait du bricolage à risque. Tu exportais tes mots de passe dans un fichier CSV. Un fichier texte. En clair. Google l’écrit lui-même, et la formule vaut d’être citée : « downloading them into an unencrypted text file, which left them unprotected on your device ».

Autrement dit : pour déménager en sécurité, tu devais d’abord poser l’intégralité de tes identifiants en clair sur ton téléphone. Pendant quelques minutes, ou quelques heures si tu oubliais de supprimer le fichier. Spoiler : tout le monde oublie de supprimer le fichier.

Et pour les passkeys, c’était pire. Elles n’étaient pas transférables du tout. Pas mal exportées, pas exportées en clair, pas exportées. Point. Une passkey créée dans une application y restait, et changer de gestionnaire voulait dire recréer chaque passkey, service par service, à la main. Tu comprends pourquoi personne ne changeait de gestionnaire.

Voilà le verrou qui saute. Ce n’est pas une petite affaire.

Une norme co-signée il y a presque deux ans

Parce que oui, Google n’a rien inventé la semaine dernière. Le socle s’appelle Credential Exchange Protocol, abrégé CXP, accompagné d’un format nommé Credential Exchange Format, ou CXF. Ces deux spécifications ont été publiées par la FIDO Alliance, et pas hier.

Qui les a écrites ? Le Credential Provider Special Interest Group de l’alliance, où l’on trouve 1Password, Apple, Bitwarden, Dashlane, Enpass, Google, Microsoft, NordPass, Okta, Samsung et SK Telecom. Tout le monde, donc. Y compris ceux que Google t’aide aujourd’hui à rejoindre.

La FIDO Alliance résume l’intention sans détour : « It is critical that users can choose the credential management platform they prefer, and switch credential providers securely and without burden ». Autrement dit, tu dois pouvoir choisir ton gestionnaire et en changer sans galérer. C’est écrit noir sur blanc depuis octobre 2024.

Reste que la chaîne complète a pris du temps. Côté Android, le support a commencé à se déployer avec Google Play Services 26.21. C’était le 1er juin 2026, et Android Authority l’avait relevé dès le lendemain dans les notes de version. Trois mois, donc, entre la tuyauterie et le billet grand public. C’est long. Mais c’est cohérent : il fallait que les gestionnaires suivent.

Non, ce n’est pas « Android 8 » pour tout le monde

Passons à ce qui m’agace un peu. En bas de son billet, Google glisse une ligne discrète : « Compatible on Android 8+ devices ». Sympa, Android 8 date de 2017, te voilà rassuré.

Sauf que ce plancher est celui du système, pas celui du service. Regarde la documentation des éditeurs eux-mêmes. Bitwarden exige, je cite sa propre page, « Android version 14 or higher with Google Play Services version 26.21 or higher ». Dashlane demande Android 10 ou supérieur, avec des services Play à jour. On est loin du compte.

Résultat : six versions d’écart entre la promesse affichée et l’exigence réelle d’un des quatre partenaires. Ce n’est pas un détail, c’est la différence entre « ça marche chez toi » et « ça ne marche pas chez toi ». Ton téléphone tourne encore sous Android 11 ou 12 ? Tu es techniquement compatible et pratiquement dehors, selon le gestionnaire que tu vises. Google n’a pas menti. Google a laissé le lecteur conclure tout seul. Nuance.

Et le chiffrement, au fait ?

Bonne question. Google ne répond pas. Son billet dit « secure », dit « safely », et ne dit rien d’autre. Pas d’algorithme. Pas de mécanisme d’échange de clés. Pas un mot sur ce qui protège tes identifiants pendant la poignée de secondes où ils changent de maison. Help Net Security l’a relevé le jour même, et la remarque est fondée. On ignore quelles versions d’Android portent réellement la fonction. On ignore aussi ce qui garde les données en sûreté, au-delà du mot « sécurisé ».

La norme, elle, est un peu plus bavarde. Sans l’être assez. La FIDO Alliance précise que les transferts « are not made in the clear and are secure by default », donc pas en clair. Bitwarden parle pour sa part de chiffrement de bout en bout. Or aucun des deux ne détaille l’implémentation. Faut-il s’en inquiéter ? Honnêtement, non. Le pire scénario documenté, c’était le fichier CSV en clair, et il vient de disparaître. Mais entre « mieux qu’avant » et « prouvé solide », il y a un espace, et cet espace n’est pas encore comblé publiquement.

Un mot sur la machine qui arrive

Là, je quitte un instant le téléphone. Cette fonction vit dans Android. Or Google documente son futur ordinateur portable, le Googlebook, chez Android Developers et non chez ChromeOS. La page developer.android.com/googlebook est explicite sur la continuité : « If you’re already building Android apps, they will work on Googlebook ». Tu vois où je veux en venir. Ce qui se joue aujourd’hui sur ton mobile se jouera demain sur un clavier. Un transfert d’identifiants sans fichier, c’est exactement le genre de mécanique qu’on voudra sur un ordinateur.

Réserves obligatoires, parce que je ne vais pas te vendre du vent. Cette page ne porte aucune date. Google n’a toujours pas confirmé publiquement le nom ni l’architecture exacte du système. Quant à l’événement organisé à New York ce mardi 15 septembre, c’est une avant-première réservée à la presse, sous embargo, sans annonce publique de matériel. Ce n’est pas un lancement. Ne guette donc aucun Googlebook à l’issue de la journée.

Alors, on change de gestionnaire ?

Si tu tournes sous une version récente d’Android et que tu voulais quitter un gestionnaire depuis des mois sans oser affronter la migration, c’est le moment. Le verrou des passkeys a sauté, le fichier en clair n’est plus un passage obligé, et la manipulation prend quelques secondes.

Si ton téléphone a trois ou quatre ans, vérifie d’abord la page d’assistance du gestionnaire que tu vises. Pas celle de Google.

Et garde en tête le vrai enseignement de l’histoire. Google ne t’a pas rendu service par bonté d’âme : il applique une norme qu’il a signée avec ses concurrents il y a près de deux ans, et que ceux-ci mettaient déjà en œuvre. Le mérite est collectif. Le billet, lui, est signé d’une seule maison.

Sources pour aller plus loin :

Google : le billet officiel qui t’explique comment quitter son gestionnaire de mots de passe

FIDO Alliance : les spécifications CXP et CXF qui rendent les passkeys transférables

Bitwarden : Android 14 et Play Services 26.21, le vrai plancher que Google ne dit pas

Android Authority : la tuyauterie était déjà là depuis Play Services 26.21, en juin

9to5Google : le nom de l’API et le déroulé complet du transfert, étape par étape

Help Net Security : ce que Google refuse de préciser sur la protection des données transférées

gHacks : les versions d’Android exigées gestionnaire par gestionnaire

Next : la reprise française de l’annonce, quatre jours après le billet de Google

FAQ

Quels gestionnaires acceptent le transfert de mots de passe sur Android ?

Quatre applications sont compatibles au lancement : le gestionnaire de mots de passe de Google, 1Password, Bitwarden et Dashlane. Google annonce d’autres partenaires à venir, sans donner ni la liste ni le calendrier. Le transfert fonctionne dans les deux sens entre ces quatre applications, ce qui permet aussi bien d’arriver chez Google que d’en partir.

Faut-il vraiment Android 8 pour transférer ses passkeys ?

Google indique en bas de son billet que la fonction est compatible avec les appareils sous Android 8 et versions ultérieures. Ce plancher est celui du système, pas celui du service. Bitwarden exige sur sa propre documentation Android 14 ou supérieur avec Google Play Services 26.21 ou supérieur, et Dashlane demande Android 10 ou supérieur. Il faut donc vérifier la page d’assistance du gestionnaire visé avant de se lancer.

Le transfert des mots de passe entre gestionnaires est-il chiffré ?

Le transfert remplace l’ancienne méthode, qui consistait à exporter ses identifiants dans un fichier texte non chiffré posé sur l’appareil. Google qualifie le nouveau transfert de sécurisé sans détailler le mécanisme employé. La FIDO Alliance, autrice de la norme Credential Exchange Protocol sur laquelle repose la fonction, précise que les transferts ne se font pas en clair et sont sécurisés par défaut. Bitwarden évoque un chiffrement de bout en bout. Aucun de ces acteurs ne publie l’implémentation technique détaillée.

🔗 Articles similaires

✍️ Laisser un commentaire

Les champs obligatoires sont indiqués avec *


La période de vérification reCAPTCHA a expiré. Veuillez recharger la page.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. Découvrez comment les données de vos commentaires sont traitées.